Fontenay-le-Comte

carte-postale-fontenay-le-comte-153884Toute la vie dit-on, on garde collée à ses chaussures la terre du pays qui nous a vu naître. En ce qui me concerne, ce pays c’est une ville : Fontenay-le-Comte. Je l’ai quittée il y a bien longtemps et je ne m’y rends plus guère qu’une fois l’an pour aller me recueillir sur la tombe des parents. Mais je ne rate alors jamais l’occasion d’effectuer mon petit pèlerinage rue des Italiens. Au passage, je jette un coup d’œil à ma chère école Marceau Bretaud. Puis je vérifie que le vieux cerisier sur lequel nous déchirions nos culottes dans le champs en face est toujours là (il se trouve désormais sur une des parcelles de la rue Jehan Doisneau). Sur le retour, il me faut impérativement visiter le cœur de ville, revoir la place Viète, emprunter cette admirable rue de la République : nos Champs-Elysées à nous ! Car oui je suis resté un peu fontenaysien de cœur, comme sans doute tous mes frères et sœurs. Même si les sentiments qui me rattachent à cette ville restent ambigus. Même si je me souviens bien avoir vécu mon départ pour Poitiers comme une libération. Mieux : une renaissance. C’est que je reviens de loin. J’ai failli y rester à Fontenay-le-Comte. Pour y entamer une carrière de clerc d’huissier. Moi, clerc d’huissier, à Fontenay-le-Comte ! Je l’ai échappé belle. Mais tout est oublié désormais. Sans rancune. Et c’est maintenant avec une certaine nostalgie que je retrouve l’ancienne capitale du Bas-Poitou. De la nostalgie, mais aussi un peu d’admiration. Car il m’a fallu quitter cette ville pour me rendre compte combien Fontenay était belle. La ville Renaissance possède ce charme désuet de ces vieilles dames dont on devine qu’elles ont été très belles autrefois.

Mais nos ancêtres l’ont-il connu cette splendeur passé ? A quelle époque se sont-ils installés à Fontenay-le-Comte ? En d’autres termes, depuis quand notre histoire familiale s’est-elle attachée à cette ville ? Du côté des Motard, l’enquête est vite menée. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que notre grand-père Germain Motard s’installe à Fontenay-le-Comte. La femme qu’il y épouse, notre grand-mère Berthe Tardy, venait de la Vienne. De ce côté là donc, notre présence ne remonte pas à plus d’un siècle. Cela étant dit, et soit dit en passant, nous ne sommes pas les seuls Motard à avoir habité Fontenay. Une rapide recherche sur Geneanet permet de découvrir que d’autres Motard, peu nombreux il est vrai, y ont vécu au XIXème siècle. En explorant les registres paroissiaux, j’y ai même rencontré une Anne Mottard, épouse d’un Mathurin Clergeau1. Cela ne s’invente pas ! Maintenant quel lien y-a-t-il, s’il y en a un, entre ces Motard là et nous qui venions de Mouchamps ? Je n’ai pas pris le temps de chercher, mais j’enquêterai peut-être un jour. C’est toujours comme ça en généalogie, une question chasse l’autre et on n’en a jamais terminé.

C’est donc du côté de maman qu’il faut rechercher les plus vieux Fontenaysiens de la famille. Sa propre mère Emilienne Villateau était elle aussi une Fontenaysienne de fraîche date. Car c’est de Sainte-Gemme-la-Plaine qu’étaient originaires les Villateau. Les Bobin par contre étaient là depuis plus longtemps, depuis trois générations. C’est en effet le grand-père de notre grand-père maternel qui fut le premier à habiter Fontenay-le-Comte. Originaire de Saint-Michel-le-Cloucq, ce Pierre Bobin s’installa dans l’ancienne capitale du Bas-Poitou après son mariage en 1830 avec une habitante des lieux, une certaine Rose Fauger.

C’est donc du côté de cette aïeule Rose Fauger, née à Fontenay le 6 septembre 1800, que j’ai découvert les plus anciens de nos ancêtres fontenaysiens. Et sans entrer dès maintenant dans les détails, c’est par la lignée des femmes qu’il faut passer pour les rencontrer. On ne s’étonnera donc pas que les gens dont je vais maintenant évoquer l’existence portent des noms tout autre que ceux déjà cités.

Quel fut donc le plus vieil ancêtre de Rose Fauger à s’installer à Fontenay ? Et d’où venait-il ? J’ai été à la fois surpris et un peu déçu en le découvrant. Déçu parce que, comme on le verra, nos origines fontenaysiennes ne sont au final pas si antiques que cela. Surpris parce que ce héros fondateur que j’ai dégagé des profondeurs de l’oubli venait d’assez loin, du gros bourg de Jaunay dans la Vienne, à 10 km au Nord-Est de Poitiers sur la route de Paris, là où se dresse aujourd’hui le Futuroscope2. Né probablement en 16693 ce François Amiot, notre héros, était l’aîné d’une famille nombreuse. Son père, Michel, était maître cordonnier. C’est à dire qu’il avait sa propre boutique avec pignon sur rue. C’était un homme instruit, comme le révèle la belle signature qu’il laisse au bas de tous les actes le concernant. En tous cas il savait probablement lire et écrire. Tout comme son fils aîné dont on devine qu’il a dû recevoir lui aussi un minimum d’instruction. Par contre il semble qu’arrivé à l’âge adulte, et pour des raisons qui nous resterons évidemment à jamais inconnu, François n’ait pas souhaité reprendre la boutique de son père. Il devint « marchand ». Sans qu’il soit possible de savoir quel était l’objet de son commerce. Du moins peut-on en déduire que ces gens là avaient atteint le degré d’aisance qui permet d’entreprendre. Car c’est bien loin de son pays natal que l’on retrouve la trace de François Amiot quelques années plus tard. Le 6 mars 1696, le voici à Saint-Médard-des-Prés, près Fontenay-le-Comte (comme on disait autrefois). Ce jour là, il y épouse Catherine Lalaire, la fille d’un « laboureur », donc là encore un paysan assez aisé. Lui à peut-être 27 ans, elle environ 24. Le couple s’installe à Saint-Médard, auprès de la belle-famille de François. Il y vécut une quinzaine d’année, donnant naissance à une nombreuse progéniture : dix enfants naquirent à Saint-Médard-des-Prés (huit filles pour deux garçons), dont Charlotte-Marguerite née vers 16984.C’est d’elle dont nous descendons. François Amiot était-il encore « marchand » à cette époque ? Les registres n’en disent rien.

En 1710, François et Catherine vivaient encore à Saint-Médard lorsque naquirent leurs 9ème et 10ème enfants (des jumelles !). Puis on ne trouve plus aucune trace d’eux dans le registre de la paroisse … Et pour cause, le couple a déménagé, sans qu’il soit possible d’en préciser le moment avec exactitude. Car lorsqu’en 1713, trois ans plus tard donc, Catherine donne naissance à un onzième (et dernier) enfant, ce n’est pas sur le registre paroissial de Saint-Médard qu’on découvre l’heureuse nouvelle mais … sur celui de la paroisse de Notre-Dame, à Fontenay-le-Comte ! Ainsi nous touchons au but. Voici les premiers Fontenaysiens de la famille. Et c’est donc entre 1710 et 1713 qu’ils se sont installés dans la capitale du Bas-Poitou. Cela fait trois siècles que nous habitons là ! Autre détail étonnant : François Amiot a changé d’état. Le voici devenu « cabarestier » ! c’est ce qu’a écrit le curé sur le registre portant naissance de ce dernier enfant5. Plus tard, lorsque François mourra, le curé indiquera encore le métier d’ « aubergiste », ce qui est à peu près la même chose. Cela confirme encore, si besoin en était, que notre aïeul devait jouir d’une certaine aisance. Car j’imagine qu’à cette époque, il fallait quand même avoir un petit capital pour se lancer dans une telle entreprise, même modeste. Voilà qui nous change un peu de tous ces « journaliers », le prolétariat rural de l’époque, qui peuplent notre arbre généalogique.. Alors bien sûr, on brûlerait maintenant de savoir où se trouvait cette auberge. De savoir si quelque chose à survécu, malgré les siècles, de cet établissement. J’ai cherché dans les archives notariales de la ville de Fontenay que les archives départementales ont entrepris de numériser. Mais je n’ai rien pu trouver encore. Peut-être qu’un jour avec un peu de patience …

François Amiot ne devait pas avoir beaucoup plus de 50 ans lorsqu’il mourut. Il fut inhumé à Fontenay-le-Comte le 20 novembre 1720. C’était il y très exactement trois siècles. Son épouse Catherine Lalaire le suivit dans la tombe un an plus tard. La graine cependant était plantée et germait déjà. Car on découvre dans les décennies suivantes les enfants Amiot se mariant à Fontenay-le-Comte, vivant à Fontenay-le-Comte. Ainsi pour Charlotte-Marguerite, la quatrième enfant du couple, celle dont nous descendons.

Charlotte-Marguerite, voilà un prénom bien compliqué pour commencer. Et on imagine mal ses familiers l’appelant ainsi. Quel était donc son prénom usuel ? Un bon moyen de le savoir serait de guetter sa signature au bas d’un acte quelconque. Tiens ! La voici justement qui est désignée comme marraine de son petit frère Jean à la naissance de ce dernier en 1713. Las, le curé explique qu’elle a déclaré « ne savoir signer ». Chose naturelle me direz-vous à une époque où l’éducation des filles était notoirement négligée. Certes, pourtant Claude, sa sœur aînée, avait su le faire quelques années auparavant à l’occasion de la naissance de la petite Marie. Bref, nous en resterons là de ces spéculations et l’appellerons Charlotte, en toute simplicité. Charlotte donc, parvenu à l’âge de 20 ans, épousa le 20 novembre 1719 (un an jour pour jour avant la mort de son père !) un certain Pierre Moinier, originaire d’un village des environs de Fontenay. Il est amusant d’ailleurs de les voir ainsi tous converger, à un moment ou à un autre, vers la ville toute proche. Les Moinier en ce qui les concerne, étaient originaires de Saint-Pierre-le-Vieux. J’ai eu un peu de mal à les trouver d’ailleurs. Le père de Pierre Moinier était un marchand de blés, un coq de village donc encore une fois. Comme quoi et décidément, on ne dérogeait pas dans la famille Amiot. Il semble pourtant que le fils occupa un rang social plus modeste. Les registres mentionnent à son propos le métier de batelier. Il faut savoir en effet que Fontenay-le-Comte était en ce temps là un port fluvial très actif, fleuves et rivières constituant alors les principales routes du commerce. La Vendée, cet affluent de la Sèvre Niortaise, était paraît-il sillonnée alors par les petits navires marchands venus de Marans et de La Rochelle. Il faudra l’arrivée du chemin de fer au siècle suivant pour voir cette activité péricliter puis disparaître.

Charlotte et Pierre semblent avoir mené une existence difficile à Fontenay-le-Comte. C’est ce que suggère l’examen des actes les concernant sur le registre paroissial de Notre-Dame. Six enfants vont naître du couple. Avec d’ailleurs des intervalles intergénésiques importants allant de 2 à 5 ans. Mais sur les six enfants, l’un fut baptisé au logis « de crainte qu’on estoit qu’elle ne mourut avant qu’on put la transporter à l’église », un autre mourut à la naissance, un dernier enfin disparu à l’âge de 3 ans 1/2. Charlotte elle-même meurt encore assez jeune, le 16 mai 1738 à l’âge de 40 ans6. Ces gens étaient-ils donc d’une constitution fragile ? Ou alors faut-il expliquer cette surmortalité par les mauvaises conditions sanitaires du milieu urbain ? Car la suite est plus terrible encore. Poursuivant la lecture du registre paroissial, on découvre que Pierre Moinier ne tarda pas à se remarier. Pratique courante et largement admise à cette époque où l’espérance de vie était faible. Le 9 février 1739 donc, soit seulement neuf mois plus tard (quand même !), il épousait une certaine Anne Caillé. Trois enfants supplémentaires naîtront de cette nouvelle union … Le premier mourut à l’âge de 3 ans 1/2, le deuxième à 6 ans, et le dernier à seulement 20 jours. Pauvre femme ! Pauvres gens ! Certes la mortalité infantile était on le sait très élevée. Mais dans le cas présent, on est largement au dessus des moyennes observées à l’époque. Au total sur les neuf enfants de Pierre Moinier, cinq sont morts en bas âge. Puis, ce dernier décès constaté, le registre se tait. Pierre Moinier disparaît des écrans radar. Impossible de dire combien de temps il vécut encore. Il est vrai que ce registre de la paroisse de Notre-Dame est fort long à éplucher (il y avait du monde à Fontenay !) et que son curé écrivait fort mal. Il est possible que l’acte de décès m’ait échappé.

Quant à nous, c’est du dernier enfant de Pierre et Charlotte dont nous descendons. Elle s’appelait Rose. Et elle vécut 57 ans7. Assez longtemps pour voir, au soir de sa vie, les « brigands » prendre d’assaut la ville. Nous étions alors en 1793. Les « brigands » en question, c’était cette armée de paysans venue du bocage, l’armée catholique et royale. Et Fontenay la républicaine s’appelait alors Fontenay-le-Peuple.

De son vivant, Rose Moinier était l’épouse de Pierre Renou, un journalier venu de Saint-Médard-des-Prés (encore Saint-Médard !). Tous deux semblent avoir vécu au Gros Noyer. De cette union naquit Françoise en 1769 qui à son tour épousa Jean Fauger (en 1798), un autre paysan arrivé tout droit de Saint-Laurs dans les Deux-Sèvres. Ils donnèrent naissance à une petite fille à laquelle ils donnèrent le beau prénom de sa grand-mère : Rose. Cette même Rose Fauger qui épousa Pierre Bobin en 1830 et par laquelle j’ai commencé mon récit.

Cela fait donc trois siècles que des membres de notre famille habitent Fontenay-le-Comte. Aujourd’hui, et depuis la mort de maman, seule Annie y réside encore, tous les autres membres de la fratrie s’étant égayés aux quatre coins de la région. Une page se tourne … Pour autant, le grand livre va-t-il se refermer. Rien n’est moins sûr. Car en cette année 2020 qui marque le 300ème anniversaire du décès de François Amiot notre héros fondateur, voici qu’Émeline, son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petite-fille, vient d’ouvrir en plein cœur de la Ville Renaissance une épicerie « Bio Local Vrac ». Un nouveau chapitre vient peut-être de commencer.

 

 

1. Les voici par exemple qui donnent naissance à une Marie-Anne Mottard le 12 novembre 1714 (Archives départementales de la Vendée, registres paroissiaux de Notre-Dame à Fontenay-le-Comte, vue 249)

2. L’ancienne paroisse de Jaunay correspond aujourd’hui à la commune de Jaunay-Marigny, et cela depuis 2017 avec la fusion des anciennes communes de Jaunay-Clan et de Marigny-Brizay..

3. Son acte de naissance étant introuvable, j’ai pu estimer l’année de naissance de François Amiot en croisant les informations disponibles (l’estimation de son âge lors de son décès, la date de mariage de ses parents, les naissances rapprochées de ses nombreux frères et sœurs). Et il se trouve justement, même si cela ne constitue pas une preuve indiscutable, que le registre paroissial de Jaunay pour l’année 1669 est fort lacunaire.

4. N’ayant pu mettre la main sur l’acte de naissance de Charlotte-Marguerite du fait des nombreuses lacunes du registre, je n’ai pu qu’estimer son année de naissance à partir de l’âge qui lui fut attribué par le curé au moment de son décès.

5. Jean Amiot est né le 6 décembre 1713 et fut baptisé le lendemain (Registre paroissial de Notre-Dame, vue 243).

6. Charlotte-Marguerite Amiot serait morte à l’âge de « 38 ans ou environ » a écrit le curé sur le registre. Malheureusement, il m’a été impossible de le confirmer en retrouvant l’acte de naissance de cette dernière. Pour autant, j’ai pu observer qu’à partir de leur mariage, les parents de Charlotte ont eu des enfants tous les ans avec une belle constance : en 1696 d’abord, en 1697 ensuite, en 1699 enfin. Mais le registre de l’année 1698 a disparu, et j’en déduis que c’était probablement l’année de naissance de Charlotte.

7. Rose Moinier est née à Fontenay-le-Comte le 24 septembre 1736 (registre paroissial de Notre-Dame, vue 164) et est décédée à l’âge de 57 ans en son domicile au village du Gros Noyer le 31 octobre 1793 (registre de l’état civil, section ouest, vue 229).

Publié dans : ||le 24 mars, 2020 |Pas de Commentaires »

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